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Liam 'Rocket' O'Connor

Plongée dérivante : Comment voler sous l'eau sans avoir d'ailes

Attache ta ceinture et accroche-toi bien parce qu'on parle de la montée d'adrénaline ultime pour les feignants. Apprends à déchirer une entrée négative, à surfer le courant comme une légende, et pourquoi voir de gros requins dans un courant de malade est la meilleure chose que tu feras jamais.

Plongée dérivante : Comment voler sous l'eau sans avoir d'ailes

Salut les légendes !

Imaginez le truc. Vous sautez du bateau et avant même d'avoir pu vérifier votre mano, vous filez à la vitesse d'un train de marchandises. Pas besoin de palmer. Pas besoin de galérer. Vous êtes juste là, suspendu dans le bleu avec les bras croisés comme un patron, en train de regarder le monde défiler à un million de kilomètres à l'heure.

C’est ça la plongée dérivante, mon pote. Et laissez-moi vous dire que c'est ce qui se rapproche le plus d'être Superman sans avoir à porter son slip par-dessus son pantalon.

Je me souviens de ma première vraie dérivante sur la Grande Barrière de Corail. Je pensais être en forme. Je pensais que je pouvais nager plus vite que l'océan. Tu parles ! Le courant m'a chopé et m'a balancé par-dessus une patate de corail comme une poupée de chiffon. C'était absolument DINGUE. Je suis remonté en rigolant tellement fort que j'ai failli m'étouffer avec mon détendeur. Depuis ce jour, je chasse le courant. Si l'eau ne bouge pas, je dors, basiquement.

Aujourd'hui, on va parler de la façon de gérer le jus. On va couvrir les trucs qui font peur comme les entrées négatives et le lancer de saucisse (SMB) sans s'emmêler dans un nœud géant. Alors, décapsulez une mousse pour plus tard, mais là, soyez attentifs parce que c’est comme ça qu’on s’envoie en l’air.

Scuba diver drifting

L'entrée négative : Tomber comme une pierre

Écoutez-moi très attentivement. Quand le capitaine hurle « PLONGE PLONGE PLONGE » sur une dérivante, tu ne restes pas assis à ajuster la sangle de ton masque. Tu ne chipotes pas avec ton appareil photo. Tu y vas.

La plus grosse erreur des débutants, c’est de sauter en étant positif. Ils touchent l’eau avec de l’air dans la stab et flottent à la surface comme des bouchons de liège. Devinez ce qui arrive ? Le courant de surface vous chope et vous traîne à 200 mètres du récif avant même que vous n'ayez pu purger. Le temps que vous descendiez, le reste du groupe est déjà à mi-chemin des Fidji.

Pour une dérivante sérieuse, on fait une Entrée Négative (Negative entry).

Ça a l'air intense parce que ça l'est. Tu vides complètement ta stab sur le bateau. Tu prends une inspiration sur ton détendeur. Tu fais ta bascule arrière. Dès que tu touches l'eau, tu expires un grand coup, tu équilibres tes oreilles immédiatement (Equalize) et tu palmes vers le bas. Tu ne t'arrêtes pas pour faire coucou au bateau. Tu descends direct au point de rendez-vous qui est généralement à 10 ou 15 mètres.

Conseil de pro : Tu dois équilibrer tes oreilles vite et souvent. Comme tu tombes comme une pierre, tes oreilles vont hurler si tu ne les équilibres pas à chaque mètre.

C’est le chaos la première fois. Tu percuteras l'eau, des bulles partout, et tu plonges à pic. Mais quand tu lèves les yeux et que tu vois toute l'équipe descendre ensemble comme une unité de Navy Seals ? Mon pote, c'est une pure merveille.

La glisse : Pourquoi travailler quand on peut flotter ?

Une fois que tu es en bas et au neutre, la magie opère.

La plongée normale, c’est génial, mais il faut bosser. Palme, palme, palme. En dérivante, on fait le feignant. L'océan fait le boulot. Tu trouves juste ta flottabilité neutre, tu replies tes palmes et tu glisses.

La sensation de vitesse est MASSIVE. Tu voles au-dessus des canyons et des plateaux. Tu vois d'énormes gorgones pliées en deux par la force de l'eau. On dirait que tu pilotes un avion de chasse dans un canyon.

Je pense que le meilleur, c'est le silence mélangé à la vitesse. Tu bouges vite mais il n'y a pas de bruit de vent. Juste le son de ta propre respiration et le crépitement du récif.

School of barracuda in current

Gros courant signifie gros poissons

Voici un secret que l'océan ne vous dit pas sur la brochure. Les gros poissons adorent quand ça brasse.

Requins. Caranques. Thons. Barracudas. Ils ne traînent pas dans des mares stagnantes. Ils traînent là où l'eau bouge parce que c'est là qu'est la bouffe. Le courant fait remonter les nutriments des profondeurs et toute la chaîne alimentaire devient dingue.

Je plongeais à Komodo il y a quelques années sur un site appelé « The Shotgun ». Le courant arrachait tellement qu'on aurait dit qu'il allait m'enlever mon masque. On s'est accrochés au récif (utiliser un crochet de récif (Reef hook) est une tout autre compétence, mon pote) et on a juste regardé.

Parce qu'on était dans le courant, on a vu vingt ou trente requins gris de récif juste posés là, immobiles. Ils ne nageaient pas. Ils faisaient juste face au courant et laissaient l'eau s'engouffrer dans leurs branchies. C’était comme une autoroute à requins. Si on avait plongé dans une baie calme, on aurait vu quelques jolis poissons-clowns. Ennuyeux.

Si tu veux voir les super-prédateurs, tu dois être prêt à te faire un peu bousculer.

La comparaison : Feignant vs Déjanté

Voici un petit topo pour vous expliquer pourquoi la plongée dérivante est une tout autre bête comparée à votre petite plongée tranquille habituelle.

CaractéristiquePlongée standard au mouillagePlongée dérivante
EntréePas de géant/Bascule arrière, RDV en surface, descente lente.Entrée négative, pas de temps en surface, descente immédiate.
EffortÉlevé. Tu palmes pour bouger.Zéro. L'océan te déplace.
NavigationTu fais l'aller-retour jusqu'au bateau (cap réciproque).Pas de navigation. Tu suis le courant et le bateau suit les bulles.
FauneMacro, tortues, poissons calmes.REQUINS, bancs de pélagiques, action de chasse.
RécupérationTu reviens à la ligne de mouillage ou au bateau.Le bateau te traque en pleine mer (Live boating).

Ne fais pas le héros : Reste collé à ton binôme

C’est la partie sérieuse, alors écoutez bien.

En plongée dérivante, la séparation est un cauchemar. Si tu t'arrêtes pour regarder un nudibranche pendant dix secondes et que ton pote continue de dériver ? Le temps que tu lèves la tête, il a disparu. Le courant peut déplacer les gens à 2 ou 3 nœuds. C’est plus rapide que ce que tu peux nager.

Si tu perds le groupe dans un courant fort, tu es tout seul dans le bleu.

On reste serrés. J'aime être assez proche pour pouvoir attraper la palme de mon binôme si besoin. Maximum une longueur de bras. On ne communique pas en criant. On utilise les signes, mais en dérivante, tu dois regarder partout constamment.

Si le courant se sépare autour d'un rocher ou d'un angle, vous devez prendre la décision ensemble. À gauche ou à droite. Si tu vas à gauche et lui à droite, vous pourriez finir de chaque côté d'une île. Ça fait une sacrée trotte à la nage pour rentrer au pub, mon pote.

La sortie : Lancer le parachute (SMB)

Tu ne peux pas faire surface quand l'envie te prend. Tu dérives en pleine mer. Il peut y avoir du trafic de bateaux. Il peut y avoir de grosses vagues. Le capitaine du bateau doit te voir avant que tu ne crèves la surface.

C’est là qu’intervient le SMB (Surface Marker Buoy). C’est cette espèce de saucisse orange dans ta poche.

On le lance généralement depuis les 5 mètres pendant le palier de sécurité. Tu le déploies sous l'eau.

  1. Regarde en HAUT. Vérifie qu'aucun bateau ne te passe dessus.
  2. Déroule. Débloque ton dévidoir ou ton spool.
  3. Gonfle. Utilise ton octopus (détendeur de secours) ou tes bulles d'expiration pour remplir le sac.
  4. Lâche les gaz. Tiens le dévidoir, pas le sac !

Faire ça dans le courant, c’est technique. Tu bouges. Le fil se déroule à toute vitesse. Tu dois faire gaffe à ne pas t'emmêler dans le dévidoir. J'ai vu des mecs s'enrouler et se faire traîner vers la surface comme un poisson au bout d'une ligne. Pas cool. Garde le fil tendu et loin de ton matos.

Une fois que ce tube orange surgit à la surface, le capitaine le repère et rapplique. Tu dérives tranquillement en faisant ton palier de 3 minutes, suspendu à ton fil comme un parachutiste. Quand tu remontes, le bateau est juste là, il t'attend.

Diver deploying SMB (Légende : Le plongeur tient un dévidoir, regardant vers le haut alors que la bouée gonflée fuse vers la surface. Bulles montantes, arrière-plan d'eau bleue.)

Mon expérience en mode "Machine à laver"

Je dois vous raconter cette plongée à Palau. Blue Corner. Un spot légendaire.

On a plongé et le courant était absolument féroce. On s'est accrochés au bord du mur avec nos crochets et on a regardé les requins. Ça, c'était la partie facile. Mais ensuite, on a dû se décrocher et dériver vers le lagon.

L'eau tourbillonnait comme dans une cuvette de toilettes. On appelle ça la « machine à laver ». Je me suis retrouvé la tête en bas. Mes bulles partaient sur le côté. J'ai regardé mon ordi de plongée et j'étais en train de monter alors que je pensais nager vers le bas. C'était désorientant, chaotique et absolument génial.

J'ai réussi à choper mon binôme par la sangle de sa stab, garder le contact est vital, et on a culbuté dans la turbulence ensemble jusqu'à ce qu'elle nous recrache dans les eaux calmes du lagon. On est remontés en hurlant et en se tapant dans les mains. On avait l'impression de venir de survivre à un round sur le ring avec un kangourou.

Allez-y !

La plongée dérivante n'est pas pour les âmes sensibles. Il faut une bonne flottabilité. Il faut être à l'aise dans l'eau. Mais une fois que tu as goûté à cette vitesse ? Une fois que tu sens ce que ça fait de voler au-dessus du récif sans bouger un muscle ? Tu n'auras plus jamais envie de palmer de ta vie.

C’est la liberté. C’est la puissance. C’est l’océan qui te rappelle que tu es tout petit et qu’il est gigantesque.

Alors faites réviser votre matos. Entraînez-vous à l'entrée négative. Et pour l'amour de Dieu, achetez un SMB correct.

On se voit dans le bleu. Ou alors, je vous ferai un petit signe en vous dépassant à trois nœuds.

Santé !

Rocket