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Santiago De La Cruz

Guide de déploiement du parachute : Comment lancer son boudin de sécurité

Trop de plongeurs ressemblent à des dindons en panique quand ils lancent leur parachute. Tu veux te faire écraser par une banca ? Non ? Alors écoute Tatay Santiago. Voici comment utiliser ton boudin sans te tuer.

Guide de déploiement du parachute : Comment lancer son boudin de sécurité

Hay naku. J'ai observé un groupe de plongeurs "expérimentés" à Verde Island hier. Belles combinaisons. Ordinateurs hors de prix. Des caméras grosses comme des grille-pains. Mais quand est venu le temps de dériver et de faire le palier de sécurité ? Le chaos. Le chaos total.

Un petit gars, il gonfle son parachute (SMB - Surface Marker Buoy) comme s'il remplissait une montgolfière. Il serre son dévidoir (spool) trop fort. Vlan ! Il remonte avec le ballon. De 15 mètres à la surface en trois secondes. On aurait dit un missile. Un missile de bêtise.

Si un bateau passait par là, il finissait en chair à pâté. Si ses poumons étaient pleins, il risquait une surpression pulmonaire.

Sus maryosep. Écoute Tatay. Le parachute est ton meilleur ami dans l'océan. Il dit au capitaine du bateau : « Coucou, je suis là, s'il te plaît, ne me coupe pas la tête. » Mais si tu l'utilises mal, c'est ton ennemi.

Arrête d'acheter des palmes fendues (split fins) et apprends à utiliser ton spool.

Pourquoi tu dois lancer ton boudin

Tu crois que le capitaine du bateau a des yeux sonar ? Non. L'océan est vaste. Ta tête est petite. Surtout ici à Batangas, les courants sont forts. On appelle ça la « machine à laver » pour une raison. Tu dérives à un kilomètre du site de plongée, et les vagues sont hachées. Sans ce tube orange qui dépasse, tu es invisible.

De plus, sous l'eau, nous sommes sourds. On entend le vroum vroum du moteur, mais on ne sait pas où il est. Si tu remontes sans signalisation, tu joues ta vie au désert.

L'équipement : Fais simple

D'abord, arrête d'acheter ces moulinets géants en plastique avec la poignée, le cliquet et le ressort. Ceux qui ressemblent à une canne à pêche pour requins. Ça se coince. Le sable rentre dedans, le mécanisme lâche, et te voilà en train de te battre avec ton matos à 5 mètres de profondeur.

Prends un simple finger spool. Un morceau de plastique, un mousqueton double (bolt snap) en laiton, et du fil. C'est tout. Ça ne casse pas. Ça ne coince pas.

Et prends un parachute à déploiement retardé (DSMB). Les modèles à fond ouvert sont bien pour les débutants, mais un modèle auto-scellant avec une valve de gonflage buccal (le petit téton en plastique) est meilleur car il garde l'air une fois à la surface.

Étape 1 : Stabilise-toi, Anak

Avant même de toucher au spool, tu dois être neutre.

Je vois des plongeurs poser les genoux sur le corail pour lancer le parachute. Pourquoi ? Tu es en train de prier ? Ne touche pas au récif. Si tu ne peux pas tenir un palier à 5 ou 10 mètres en manipulant ton équipement, tu n'es pas prêt pour le parachute. Tu as besoin de pratiquer ta flottabilité, pas d'un boudin de sécurité.

  1. Vérifie ta profondeur. 5 à 6 mètres est la norme pour un palier de sécurité, mais parfois on déploie plus profond (10-15 mètres) pour les récupérations en dérive.
  2. Vérifie les alentours. Regarde en haut. Regarde toujours en haut. S'il y a un bateau juste au-dessus de toi, ne tire pas.
  3. Fais signe à ton binôme. « Je déploie. »

Étape 2 : La mise en place

Sors le spool et le parachute de ta poche. Ne les lâche pas.

Déclippe le mousqueton double (bolt snap). Maintenant, écoute bien. Fixe la ligne au parachute. Passe la boucle du fil dans l'anneau en D du parachute, puis repasse le spool dans la boucle (un nœud de tête d'alouette ou girth hitch). C'est la connexion la plus sûre.

Clippe le mousqueton libre sur l'anneau en D de ton épaule droite pour ne pas le perdre. Ne le garde pas en main avec le spool et la bouée. Tu vas le faire tomber. J'ai une collection de cinquante mousquetons trouvés sur le sable. Ce sont les miens maintenant.

Déroule un peu de fil. Juste assez pour éloigner le spool du parachute.

Vérifie le fil. Est-il emmêlé ? Est-il enroulé autour de ton ordi ? Autour de ton cou ? Ne ris pas. Je l'ai déjà vu.

Étape 3 : Le gonflage (L'art)

Il y a deux façons principales de mettre de l'air dans le sac. La "Méthode Standard" et la "Méthode Finesse".

La méthode Octopus (La Standard)

Tu prends ton octopus (détendeur de secours), tu le places sous l'ouverture du parachute, et tu appuies brièvement sur la purge.

  • Avantage : Très rapide. Facile avec des gants.
  • Inconvénient : Ça peut être violent. Si tu appuies trop fort, le parachute part comme une balle et te secoue le bras. Danger : Si le fil s'enroule autour de ton détendeur, il peut t'arracher le détendeur de la bouche ou t'entraîner vers le haut. Garde le fil loin du détendeur !

La méthode Buccale/Expiration (La méthode Santiago)

Tu utilises ta bouche ou tes bulles d'expiration.

Pour le gonflage buccal : Prends une inspiration, retire ton détendeur, souffle dans la valve, remets ton détendeur et purge-le. Attention : Ne fais ça que si tu es à l'aise pour retirer ton détendeur sous l'eau. Ne bloque jamais ta respiration !

Pour le gonflage par expiration : Penche la tête et attrape tes bulles dans l'ouverture du sac. Ça demande de la pratique mais ça utilise de l'air "gratuit".

Tu n'as besoin que d'un peu d'air. Tu te souviens de la loi de Boyle-Mariotte ? Tu as appris ça au niveau 1. L'air se dilate en remontant. Si tu mets l'équivalent d'un poumon d'air à 10 mètres (2 ATA), quand il arrive à la surface (1 ATA), il fait le double de volume. Le sac sera plein. Pas besoin de le remplir à 100 % au fond.

Plongeur gonflant son parachute avec son détendeur

Comparaison : Buccal vs Octopus

CaractéristiqueGonflage Buccal/ExpirationPurge Octopus/Détendeur
ContrôleÉlevé. Tu ajoutes par petites bouffées.Faible. C'est tout ou rien.
Risque de coincementZéro.Moyen. Le fil peut s'accrocher au détendeur.
Risque de remontée en flècheFaible.Élevé. Très facile de se faire embarquer.
Consommation de gazUtilise ton gaz expiré.Utilise l'air de la bouteille.
Facteur Cool100 % (Vieille école).0 % (Touriste).

Étape 4 : Le lancer

C'est le moment de vérité.

  1. Regarde encore en haut.
  2. Tiens le spool dans une main. Ne mets pas ton doigt dans le trou central. Si le spool tourne vite, il va te casser le doigt ou t'arracher la peau. Tiens-le par les bords ou laisse-le tourner sur ta paume ouverte.
  3. Tiens le parachute de l'autre main.
  4. Bras tendus. Écarte les coudes. Garde l'équipement loin du corps.
  5. Lâche le parachute.
  6. Laisse filer le spool. Ne le serre pas.

Si le fil s'accroche, ou si le spool se coince, LÂCHE TOUT. Laisse tout partir. Mieux vaut perdre un spool à 20 euros que de faire un accident de décompression parce que tu as fusé vers la surface à 30 mètres par minute. Je peux racheter un spool. Je ne peux pas te racheter une moelle épinière.

Étape 5 : Tension et remontée

Une fois que le parachute touche la surface, le fil va se détendre. Rembobine le surplus rapidement.

Tu dois garder le fil sous tension. Si le fil est mou, le parachute se couche sur l'eau. Le capitaine du bateau voit un truc orange avachi et se dit : « Ah, un déchet. » Il ne s'arrête pas.

Si le fil est tendu, le parachute se tient bien droit. « Tiens, un plongeur ! »

Pendant que tu remontes vers ton palier, enroule le fil. Garde ça propre.

Gros plan sur la manipulation du finger spool

Erreurs courantes (Ne fais pas ça)

  1. S'attacher à la stab : Ne clippe jamais, jamais le spool à ton anneau en D pendant que le parachute monte. S'il se coince, tu es attaché à une fusée.
  2. La "toile d'araignée mortelle" : Laisser le fil flotter partout autour de tes jambes. Garde le fil devant toi.
  3. Trop d'air : Remplir le sac jusqu'à ce qu'il ressemble à une saucisse prête à exploser au fond. Il va éclater ou t'embarquer. Un sac à moitié plein au fond est un sac plein à la surface.
  4. Regard vers le bas : Fixer le spool pendant que tu tires. Regarde le fil, oui, mais regarde ta profondeur. Tu pourrais couler de 5 mètres pendant que tu chipotes avec ta ficelle.

Un mot sur la mer agitée

Quand la météo est mauvaise, comme pendant la saison de la mousson à Batangas, les vagues sont hautes. Un petit boudin est dur à voir.

Dans les grosses vagues, tu dois maintenir cette ligne bien tendue. Pends-toi un peu dessus (si tu es neutre). Fais en sorte que ce tube soit fier. Agite la ligne d'avant en arrière si tu entends un bateau.

Et s'il vous plaît, restez ensemble. Si le groupe est dispersé, il nous faut cinq parachutes. Si vous êtes ensemble, un seul suffit (peut-être deux par sécurité). Mais tout le monde qui déploie son boudin en même temps ? On dirait qu'une usine de spaghettis a explosé. Des fils emmêlés partout.

Conclusion

Ce n'est pas de la magie. C'est de la physique et de l'entraînement.

Va sur une zone de sable peu profonde. 5 mètres. Dis à ton divemaster : « Tatay, je veux m'entraîner à tirer le parachute. » On s'assiéra là et on rira... je veux dire, on te regardera. Entraîne-toi jusqu'à ce que tu puisses le faire sans changer ta profondeur de plus de cinquante centimètres.

N'attends pas d'être en train de dériver dans le bleu avec un courant de 3 nœuds et un ferry qui arrive pour apprendre à utiliser ton matos.

Plonge prudemment. Ne sois pas feignant. Et brûle ces palmes fendues.

Plongeur au palier de sécurité avec parachute déployé